Lecture: Paleofantasy, de Marlene Zuk

Il y a quelques semaines, j’ai lu Paleofantasy: What Evolution Really Tells us About Sex, Diet, and How We Live*, de Marlene Zuk, professeur en écologie, évolution et comportement à l’Université du Minnesota, États-Unis. C’est une critique de ce livre dans Science qui m’a donné envie de le lire, et je n’ai pas été déçue. Paleofantasy est un livre divertissant, qui se lit facilement et qui nous promène au travers des connaissances actuelles dans le domaine de l’évolution humaine tout en expliquant comment les scientifiques ont développé ce savoir. Et qui, comme le titre l’indique, déconstruit au passage certaines idées populaires sur notre histoire évolutive et comment nous devrions nous comporter au vu de cet “héritage”.

Qu’est-ce qu’une “paleofantasy” (“fantasme paléo”)? En gros, c’est l’idée selon laquelle les humains anatomiquement modernes ont vécu des dizaines de milliers d’années dans un environnement très différent de celui que nous connaissons aujourd’hui, un environnement auquel ils étaient très bien adaptés, et que tant de changements ont eu lieu dans les derniers 10 000 ans que nos corps n’ont pas eu le temps de s’adapter, créant un décalage entre nos gènes et notre environnement. Les promoteurs d’un style de vie paléo affirment donc que nous serions en meilleur santé si nous menions une vie ressemblant plus à celle de nos ancêtres chasseurs-cueilleurs.

Le concept de style de vie paléo renferme différentes idées, comme ne pas manger d’amidon, ou courir pieds nus, et certains adeptes prennent l’affaire très au sérieux, parfois peut-être même de manière extrême. Au début de son chapitre “Cavemen in Condos” (hommes des cavernes en appartement), Marlene Zuk décrit certains de ces paléo-adeptes: vivant essentiellement de viande (cuite ou pas est source de débat), faisant du sport par périodes d’intense activité (imaginez courir comme si vous deviez échapper à un prédateur) et faisant des dons de sang fréquents (vous n’avez pas échappé au prédateur sans être blessé). Dans l’ensemble, des hommes ressemblant au “casting d’un Twilight du Pléistocene” comme le décrit John Hawks, professeur associé en anthropologie à l’Université du Wisconsin-Madison, États-Unis.

Dans son livre, Marlene Zuk s’attaque à certains “fantasmes paléo” populaires concernant l’alimentation, l’amour, le sport ou l’éducation des enfants. Mais surtout, elle les utilise comme point de départ pour discuter, dans un style engageant et accessible, les connaissances scientifiques actuelles sur l’évolution humaine (et sur l’évolution en général). Elle explique des concepts de base comme la dérive génétique, le flux génétique ou la sélection naturelle; elle décrit comment on peut apprendre quoi que ce soit à partir d’ADN, d’os ou de dents vieux de milliers d’années; elle récapitule brièvement l’histoire de notre genre, Homo. Mais aussi, elle présente des exemples de certaines caractéristiques humaines qui sont apparues plutôt récemment, contrairement à la croyance populaire que toute évolution se fait sur des centaines de milliers d’années ou plus. La persistance de la lactase (l’enzyme qui permet de digérer le lactose, un type de sucre présent dans le lait) au-delà de l’âge du sevrage chez les humains en est une: bien que les chercheurs travaillent encore à cerner précisément la période à laquelle ce trait est apparu, certains calculs suggèrent déjà que la forme du gène de la lactase permettant de consommer du lait à l’âge adulte est vieille de 2 200 à 20 000 ans; d’autres indiquent une date proche d’il y a 7 000 ans.

Marlene Zuk nous rappelle aussi que nous (et tout autre être vivant d’ailleurs) n’avons pas évolué pour être, ou évolué pour faire, ceci ou cela. L’évolution n’a pas de destination finale particulière. Il n’y a jamais eu non plus d’organisme qui ait atteint un stade de parfait accord avec son environnement et qui ait arrêté d’évoluer à partir de là. Elle écrit: “[N]o organism gets to a point of perfect adaptation, heaves a sigh of genetic relief, and stops”. La plupart des caractères sont des solutions “ good enough”, suffisamment bonnes, plutôt que des adaptations parfaites à un environnement particulier. Dans ce contexte, se tourner vers nos ancêtres et penser “voilà, c’est comme ça que nous humains sommes censés vivre” non seulement ignore le fait que les humains ont continué à évoluer mais aussi idéalise un passé qui était loin d’être parfait.

Paleofantasy n’est pas un livre qui va vous dire comment manger et vivre. Mais c’est un livre qui va probablement vous apprendre deux ou trois choses en matière de biologie évolutive, anthropologie et génétique, tout en vous divertissant avec exemples et anecdotes. Et n’oublions pas le fil conducteur du livre, la déconstruction des “fantasmes paléo”: si jamais vous croisez un jour un New-yorkais convaincu que courir pieds nus et manger de la viande trois fois par jour est la seule manière de vivre une vie saine (tout en habitant un gratte-ciel et en allant travailler avec des chaussures en cuir italiennes reluisantes aux pieds), vous serez préparés.

Référence
Paleofantasy: What Evolution Really Tells us About Sex, Diet, and How We Live. Marlene Zuk. W.W. Norton: 2013.

* Le livre est actuellement seulement disponible en anglais.

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