Kilomètres alimentaires, changement climatique et vin

Quand les kilomètres alimentaires ne sont pas qu’une question de distance.

Je viens de finir de suivre un cours en ligne sur le thème santé et changement environnemental global* et au cours de la section portant sur l’alimentation et le développement durable j’ai rencontré un exemple à propos du concept de “kilomètre alimentaire” et de développement durable qui m’a paru intéressant et amusant à partager.

Imaginons que vous habitez à Chicago et que vous souhaitez acheter une bouteille de vin pour accompagner le dîner de ce soir. Vous avez le choix entre un vin de Californie et un vin venant de France. Étant une personne soucieuse de l’environnement, vous désirez acheter la bouteille de vin qui comporte le moins d’impact en terme d’émission de gaz à effet de serre. Quel vin allez-vous choisir?

Si vous ne savez pas comment identifier la meilleure option, rassurez-vous, le travail de recherche a déjà été fait pour vous. Dans une étude publiée dans le Journal of Wine Research en 2009, T. Colman et P. Päster ont développé un modèle pour quantifier les émissions de gaz à effet de serre associées à la production et à la distribution d’une bouteille de vin.

D’après leurs résultats, l’intensité en carbone (émissions de dioxyde de carbone, ou CO2) de l’une des bouteilles de vin est deux fois plus élevée que celle de l’autre si vous vivez à Chicago (pour savoir s’il s’agit du vin californien ou du vin français, continuez à lire). Bien qu’il y ait de petites variations au niveau de la production (émissions de CO2 liées à l’utilisation du sol, à la culture, etc.), la distribution est ce qui contribue le plus à cette différence dans la quantité totale de CO2 émise. Il y a deux raisons à cela: 1) il se trouve que le transport est à l’origine de la part la plus importante de tout le CO2 émis au cours de la production et de la distribution des bouteilles de vin; 2) les modes de transport pour les voyages Chicago-France et Chicago-Californie sont différents.

Si je vous apprends maintenant que le transport maritime est le mode de transport le moins intensif en carbone, que la bouteille de vin française a principalement été acheminée par bateau et que la bouteille californienne a uniquement été transportée par camion jusqu’à Chicago, vous pouvez probablement deviner quel vin acheter pour minimiser l’impact de votre bouteille de vin sur le climat.

T. Colman et P. Päster ont inclus dans leur article une carte des États-Unis où ils ont dessiné une ligne représentant approximativement la limite géographique où un vin californien et un vin français ont le même impact en terme d’émissions de gaz à effet de serre (ligne que j’ai reproduite approximativement sur la carte ci-dessous). Si vous habitez à l’est des frontières entre les états suivants: Minnesota-Wisconsin, Nebraska-Iowa et Nouveau Mexique-Texas, vous devez donc choisir un vin français si vous voulez acheter la bouteille comportant le moins d’émissions de CO2 (au moins en 2009, date de publication de l’étude).

D'après Colman & PästerCela étant, si vous préférez un vin australien, pas de soucis. Une bouteille acheminée par bateau d’Australie à la côte du New Jersey, via le canal de Panama, puis transportée par camion jusqu’à Chicago, sera associée à moins d’émissions de gaz à effet de serre que la même bouteille acheminée de la Californie à Chicago par camion.

Ce qu’il faut retenir de cet exemple particulier à propos de bouteilles de vin et de leur distribution, c’est que le mode de transport est important, pas seulement la distance. Donc, la prochaine fois que vous pensez aux kilomètres alimentaires, essayez de penser à comment le produit a été acheminé, en plus de chercher à connaître sa provenance.

Référence
Red, White, and “Green”: The Cost of Greenhouse Gas Emissions in the Global Wine Trade. Tyler Colman & Pablo Päster. Journal of Wine Research. 18 Jun 2009. doi: 10.1080/09571260902978493

* Le cours est un MOOC (massive open online course) offert par edX (HarvardX plus précisément). Malheureusement, le cours ne sera pas disponible en ligne après sa date de fin (au moins pour un certain temps), mais s’il le devient, je le recommande à quiconque est intéressé par les questions de changement climatique, contribution humaine au réchauffement de la planète, mitigation, adaptation et effets sur la santé humaine globale.

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