Infection des voies respiratoires chez l’enfant : trop d’antibiotiques ?

10344775_815628761791470_2583354142570698374_nLa résistance aux antimicrobiens représente une menace sérieuse pour la santé humaine. Comme le rapport de l’OMS publié en avril 2014 le souligne, il ne s’agit plus d’un problème futur mais déjà de la réalité, et ce partout dans le monde. La résistance des microbes aux antimicrobiens (qui incluent les antibiotiques) menace de reléguer au passé de nombreux succès de la médecine moderne qui permettent actuellement aux êtres humains de vivre plus longtemps et en meilleure santé.

Lutter contre la résistance croissante des microbes aux antimicrobiens nécessite des efforts concertés sur plusieurs fronts, l’un d’entre eux étant l’amélioration de la manière dont les antibiotiques sont actuellement utilisés aussi bien dans le domaine de l’agriculture que dans celui de la médecine. Essentiellement, cela veut dire diminuer l’utilisation des antibiotiques.

Une étude publiée dans le journal Pediatrics en octobre a essayé d’estimer la fréquence à laquelle des antibiotiques étaient prescrits aux États-Unis pour des cas d’infection des voies respiratoires chez l’enfant par rapport à la fréquence à laquelle ces infections étaient effectivement dues à des bactéries (beaucoup sont en effet causées par des virus).

Les chercheurs ont réalisé une méta-analyse d’études publiées entre 2000 et 2011 pour évaluer les taux de prévalence de bactéries parmi les cas d’infections des voies respiratoires vus en consultation pédiatrique externe (pas d’hospitalisation) aux États-Unis. Leurs résultats montrent que la prévalence bactérienne était d’environ 65% dans les cas d’otite moyenne aiguë (12 études) et de 78% dans les cas de sinusite (une seule étude, les chercheurs n’en ayant pas trouvé d’autres qui satisfaisaient leurs critères d’inclusion). La bactérie Streptococcus pyogenes était présente dans environ seulement 20% des cas des pharyngite (11 études). Aucune étude sur des cas de bronchite ou d’infection des voies respiratoires supérieures n’ayant satisfait les critères d’inclusion posés par les chercheurs pour leur méta-analyse, aucune donnée n’était disponible pour ces types d’infections. (On sait toutefois que les bronchites sont typiquement causées par des virus et la ligne d’action recommandée au sein de la communauté médicale américaine est de ne pas prescrire d’antibiotiques.)

En parallèle, les chercheurs ont analysé des données issues du US National Ambulatory Medical Care Survey pour estimer au niveau national la fréquence à laquelle des ordonnances pour antibiotiques étaient rédigées pour des cas pédiatriques d’infection des voies respiratoires. Ils ont trouvé que les taux moyens annuels de prescription d’antibiotiques étaient de 86% dans les cas d’otite moyenne aiguë, de 89% dans les cas de sinusite et de 57% dans les cas de pharyngite. (Le taux était d’environ 72% pour les cas de bronchite – malgré les recommandations en vigueur.)

Dans l’ensemble, les résultats de l’étude indiquent que des antibiotiques sont prescrits de manière excessive dans un certain nombre de cas d’infection des voies respiratoires chez l’enfant aux États-Unis. Bien sûr, cette étude comporte plusieurs limitations, mais elle a au moins le mérite d’essayer de sensibiliser la communauté médicale et scientifique au problème de la prescription d’antibiotiques. Le principal message à retenir ici n’est peut-être pas les chiffres présentés dans l’étude en eux-mêmes, mais plutôt la nécessité de développer des outils diagnostics rapides permettant de distinguer une infection virale d’une infection bactérienne et d’ainsi diminuer les prescriptions d’antibiotiques inutiles.

Il est néanmoins intéressant de noter que la différence la plus importante entre les estimations de prévalence bactérienne et de prescription d’antibiotique observée dans cette étude concerne les cas de pharyngite, alors qu’il existe déjà un test simple et rapide (prélèvement de gorge) pour vérifier si une angine est due à une infection bactérienne ou virale. Les pédiatres seraient-ils trop prudents avec leurs patients, prescrivant peut-être parfois des antibiotiques “au cas où” ? Les auteurs de l’étude publiée dans le journal Pediatrics ne discutent pas particulièrement le cas des pharyngites, mais il serait peut-être intéressant d’explorer un peu plus les pratiques médicales courantes pour ces cas.

Aussi:
D’autres chercheurs ont essayé d’évaluer les taux de prescription d’antibiotiques chez les adultes venant en consultation pour angine ou bronchite et ont trouvé que ces taux étaient d’environ 60% et 73% respectivement, alors qu’ils devraient être autour de 10% et 0%. Voir l’article sur Medscape ici.

Référence
Bacterial Prevalence and Antimicrobial Prescribing Trends for Acute Respiratory Tract Infections. Kronman MP, Zhou C, Mangione-Smith R. Pediatrics. Vol. 134 No. 4 October 1, 2014 pp. e956 -e965. doi: 10.1542/peds.2014-0605
PMID: 25225144

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