Journée mondiale de la santé mentale

Le 10 octobre est le “World Mental Health Day” (Journée mondiale de la santé mentale). Cette année, 2014, le thème était “Vivre avec une schizophrénie”. Cette initiative n’est peut-être pas aussi populaire que le mois de sensibilisation au cancer du sein. Ou que la journée mondiale du diabète. Et pourtant.

Le cerveau est un organe comme un autre dans notre corps, pourtant nous ne réagissons pas de la même manière face aux maladies mentales que face aux maladies du coeur, du pancréas, etc. Autrefois, les personnes dont le cerveau ne fonctionnait pas “normalement”, i.e. pas comme celui de la majorité des êtres humains, étaient considérées comme “folles” ou “arriérées mentales” et étaient plus ou moins rejetées de la société. Heureusement, les choses ont changé. Mais pas assez. Les préjugés et la stigmatisation sociale sont encore forts.

Ce vendredi 10 octobre, j’ai assisté à une conférence sur la biologie des maladies mentales. Une des présentations s’est intéressée le temps de quelques diapos à la protéine Bcl-2 (B cell lymphoma-2). En tant qu’immunologiste, lorsque j’entends Bcl-2, je pense directement à un type de cellules immunitaires appelées lymphocytes (ou cellules) B et au rôle que joue Bcl-2 dans la régulation de la mort cellulaire. Pour donner une idée générale, trop de Bcl-2 est une mauvaise chose : cela contribue à une prolifération et survie cellulaire incontrôlées, et donc au développement d’un cancer. Cependant, le sujet de la présentation que j’écoutais alors n’avait rien à voir avec le système immunitaire, mais avec le cerveau et les maladies mentales, et Bcl-2 était mentionnée pour son potentiel rôle neuroprotecteur. La quantité de protéine Bcl-2 présente ne joue donc pas un rôle seulement dans les cellules immunitaires et le cancer, mais aussi dans les cellules du cerveau et les maladies mentales. Et pourtant, pour suivre le même parallèle, vous n’entendrez jamais quelqu’un dire à un patient atteint d’un cancer de “se bouger et réduire cette tumeur” comme on peut entendre dire à un patient atteint d’un trouble bipolaire de “se secouer et arrêter d’être aussi déprimé ou aussi excité”.

D’une certaine manière, nous acceptons le fait que nous n’avons aucun contrôle sur, par exemple, notre système immunitaire, sur sa structure et son fonctionnement ; nous acceptons le fait qu’il ait en quelque sorte “sa propre vie”. Nous pouvons peut-être même accepter la même chose à propos de notre cerveau lorsqu’il s’agit des régions cérébrales qui contrôlent le mouvement par exemple. Mais l’idée que notre cerveau mène “sa propre vie” et puisse altérer notre esprit et la personne que nous sommes, sans que nous en soyons conscients ou sans que nous ayons notre mot à dire, est plus difficile à accepter.

La plupart des gens savent que la maladie de Parkinson est une maladie neurodégénérative. Les neurones producteurs de dopamine d’une partie du cerveau appelée substantia nigra meurent, conduisant à une perte du contrôle des mouvements. Si je vous dis maintenant que les personnes qui souffrent d’un trouble bipolaire ont moins de matière grise dans une région particulière du cortex préfrontal que des personnes en bonne santé (ainsi que d’autres différences au niveau biochimique, fonctionnel et neuroanatomique), vous allez peut-être commencer à voir le trouble bipolaire comme un type de maladie neurodégénérative. Et vous allez peut-être réaliser que quelqu’un atteint d’un trouble bipolaire n’a pas plus le pouvoir de contrôler “ses hauts et ses bas” que quelqu’un atteint de la maladie de Parkinson ne peut contrôler ses mouvements.

Aussi dans mes notes de la conférence :

– traiter les troubles de stress post-traumatique (TSPT) par une thérapie d’exposition à l’aide de simulateurs de réalité virtuelle (remarque : les anciens combattants sont souvent mis en avant comme les cas typiques de TSPT, mais ces troubles sont aussi très fréquents chez les victimes de viol ; un TSPT peut de se développer à la suite de n’importe quelle expérience traumatisante)

– traumatisme, résilience et susceptibilité individuelle : il est estimé qu’une majorité d’entre nous sera exposée à un évènement traumatisant au cours de sa vie ; la peur et l’anxiété font partie de la réponse normale face à un tel évènement, mais c’est lorsque cette réponse ne disparaît pas avec le temps que l’on parle de TSPT ; nous ne sommes pas tous égaux dans notre capacité à être résilient, que ce soit à cause de nos gènes (exemple ici) ou à cause de nos expériences de vie, ou les deux.

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