Quatre questions sur le virus Ebola

Dans son édition du 30 octobre, le journal Nature s’intéresse au virus Ebola et plus généralement à la famille de virus à laquelle il appartient au travers d’un certain nombre de questions auxquelles les scientifiques tentent de répondre. Si cela vous intéresse, je recommande la lecture de cet article (accès libre, en anglais). En voici quelques points:

1. Qu’est-ce que le virus Ebola ?

Le virus responsable de l’épidémie sévissant actuellement en Afrique de l’Ouest est le Zaire ebolavirus, celui qui est communément appelé “ le virus Ebola”. Il s’agit en fait d’une des cinq espèces connues du genre Ebolavirus qui lui-même fait partie de la famille des filovirus. Cette famille inclut également le virus de Marburg découvert dans les années 1960 et le virus Lloviu identifié en Espagne en 2011.

La plupart des filovirus connus causent une fièvre hémorragique potentiellement fatale chez les êtres humains, mais pas tous. Par exemple, une des cinq espèces connues d’Ebolavirus, le Reston ebolavirus, semble être relativement sans danger pour l’être humain : on a en effet retrouvé des anticorps correspondant au virus chez certains individus (ce qui indique qu’ils ont été infectés à un moment donné) sans que ceux-ci aient été malades.

Les chercheurs estiment que d’autres filovirus restent encore à découvrir. Alors que les humains colonisent de plus en plus de régions autrefois peu ou pas occupées et empiètent sur le territoire d’espèces animales porteuses de ces virus, les opportunités pour les virus de passer de leur réservoir naturel dans la population humaine augmentent.

2. Quel est le réservoir naturel du virus Ebola ?

Le fait que la plupart des filovirus aient un taux de mortalité très élevé chez les êtres humains et autres grands singes indique que les primates ne constituent pas un hôte naturel pour ces virus. En effet, un virus ne peut pas se reproduire tout seul, il doit utiliser la machinerie cellulaire de l’organisme qu’il infecte pour pouvoir se multiplier et continuer à se propager – donc pour pouvoir assurer sa survie en tant qu’espèce. Si un virus tue trop des organismes qu’il infecte trop rapidement, il détruit ce faisant sa base de ressources et risque d’entraîner sa propre extinction.

Les chercheurs ont identifié certaines espèces de chauve-souris comme un hôte naturel du virus de Marburg : bien que les chauves-souris soient porteuses du virus, elles ne montrent pas de signe de maladie. Les scientifiques soupçonnent également les chauves-souris d’être un hôte naturel pour les ébolavirus, mais pour l’instant aucun ébolavirus n’a été isolé à partir d’une chauve-souris sauvage. Remonter à la source du virus est cependant très difficile, non seulement à cause des précautions à prendre lorsque le virus que l’on cherche est si dangereux pour l’homme, mais aussi parce que les épidémies d’ébolavirus sont relativement rares et sporadiques.

Les filovirus n’infectent toutefois pas que les chauves-souris et les primates. L’ébolavirus Reston a ainsi été trouvé chez des porcs d’élevage aux Philippines en 2008 et en Chine en 2012.

3. Pourquoi l’épidémie actuelle se répand-elle autant ?

Pour l’instant, aucune donnée ne suggère que la souche de Zaire ebolavirus à l’origine de l’épidémie actuelle soit plus transmissible que les souches ayant causé les épidémies précédentes. Les scientifiques pensent plutôt que la propagation rapide du virus est due au fait qu’il a émergé cette fois-ci dans une nouvelle région d’Afrique, où la population et les autorités n’avaient pas d’expérience avec ce virus et n’étaient pas préparées à répondre de manière rapide et adéquate à son émergence. Une fois que le virus s’est propagé aux grands centres urbains, les infrastructures de santé locales ont rapidement été débordées et incapables de contenir l’épidémie.

Bien que l’ONG Médecins Sans Frontières ait lancé un appel à l’aide internationale relativement tôt dans le développement de l’épidémie, prévenant les pays développés des conséquences de ne pas maîtriser l’épidémie le plus tôt possible, la réponse a tardé à venir (voir d’autres articles ici et ici). Alors même que les efforts s’intensifient enfin, les experts s’inquiètent que la réponse soit encore trop lente, voire qu’elle arrive trop tard : il est possible que l’épidémie soit déjà à un stade (ou qu’elle l’atteigne bientôt) où les mesures traditionnelles ne sont plus suffisantes pour ramener l’épidémie sous contrôle. Certains scientifiques suggèrent que l’épidémie puisse atteindre son pic naturel en 2015 et ensuite commence à reculer, une fois que beaucoup d’individus ont soit succombé à l’infection, soit survécu et développé une immunité contre le virus, si bien que le réservoir d’hôtes dans lequel le virus peut continuer à se propager diminue. D’autres s’inquiètent de la possibilité que le virus devienne endémique dans certaines régions d’Afrique et continue à infecter des individus pendant plusieurs années.

4. Pourquoi le virus Ebola est-il si mortel ?

Le Zaire ebolavirus responsable de l’épidémie actuelle est un des virus les plus mortels connus (la rage et la variole sont deux autres exemples). Pour l’instant, il est estimé que 60 à 70% des individus infectés par le virus sont morts, et les épidémies précédentes du même virus ont connu des taux de mortalité allant jusqu’à 90%. Cependant, le niveau des soins disponibles joue vraisemblablement un rôle dans le taux de survie associé au virus. Bien qu’il y ait eu jusqu’à maintenant peu de malades traités dans des pays développés, il semble que ceux-ci aient une meilleure chance de survie que les patients traités en Afrique.

Le virus Ebola infecte des cellules du système immunitaire inné qui font normalement partie de la première ligne de défense contre les virus. Ce faisant, le virus non seulement désactive une partie de la réponse immunitaire mais aussi déclenche une “tempête de cytokines” : une production massive de médiateurs chimiques qui sont nécessaires à la mise en place d’une réponse immunitaire normale mais qui peuvent avoir un effet destructeur plutôt que bénéfique lorsqu’ils sont produits en quantité énorme et incontrôlée. Le virus s’attaque également à d’autres tissus que le système immunitaire, l’ensemble pouvant mener à la défaillance de plusieurs organes comme les reins, le foie ou les poumons et causant une fuite de liquide à partir des vaisseaux sanguins vers les tissus environnants.

Le traitement existant actuellement pour les patients infectés par un filovirus consiste essentiellement à maintenir autant que possible l’équilibre des fluides et des électrolytes de l’organisme afin d’essayer d’empêcher une défaillance des organes et de donner au système immunitaire le temps de vaincre l’infection. Dans les pays africains, le manque de moyens limite souvent le traitement à une réhydratation par voie orale. Dans les pays développés, l’administration de liquides par voie intraveineuse, une surveillance détaillée des paramètres chimiques et des fonctions vitales du patient ainsi que l’accès aux soins intensifs augmentent les chances de survie.

Des médicaments (comme ZMapp, un cocktail d’anticorps initialement produits chez des souris vaccinées à l’aide de protéines du virus Ebola) et des vaccins (entreprises pharmaceutiques GSK et NewLink Genetics, voir articles ici et ici) sont en cours de développement (et leur processus de développement habituel est maintenant accéléré pour permettre leur utilisation dans l’épidémie actuelle). Cependant il n’existe pas encore assez de données pour affirmer quoi que ce soit sur leur sécurité et leur efficacité. Les essais de vaccins (phases II et III) devraient commencer dans les pays africains affectés par l’épidémie en décembre-janvier.

Liens utiles:
Organisation mondiale de la Santé
Médecins Sans Frontières
European Center for Disease Prevention and Control

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