En bref (mars 2015, partie II): pollution plastique et limites planétaires

Deux autres sélections parmi mes lectures des derniers mois:
pollution marine au plastique, ou comment estimer la quantité de déchets plastiques atteignant les océans,
frontières planétaires, ou comment définir les limites environnementales au sein desquelles les sociétés humaines peuvent se développer en toute sécurité.

  • Pollution marine au plastique

L’exploitation commerciale du plastique s’est développée dans les années 1930 et 1940. Au fur et à mesure que la présence du plastique dans nos vies quotidiennes a augmenté, la quantité de déchets plastiques dans les océans a fait de même. Les plastiques qui flottent dans l’eau de mer, tels que le polyéthylène ou le polypropylène, peuvent facilement être aperçus le long des côtes, ou, peut-être même de manière encore plus impressionnante, être observés en train de s’accumuler dans des tourbillons océaniques géants. Au-delà de ces déchets facilement visibles, le plastique peut aussi finir sa course sur les fonds marins ou dans la banquise arctique, ou être dégradé en particules assez minuscules pour être ingéré jusque par des petits organismes invertébrés marins. La pollution au plastique est un problème particulièrement préoccupant, non seulement à cause de ses conséquences sur les océans et la faune marine, mais aussi à cause de la longue durée de vie du plastique dans l’environnement, à laquelle s’ajoutent une production et une consommation toujours croissantes.

Dans une étude récente, des chercheurs ont essayé d’estimer la quantité de déchets plastiques mal gérés (c’est-à-dire des déchets simplement abandonnés dans la nature ou traités de manière inadéquate) atteignant les océans. Pour cela, ils ont combiné des données sur la quantité de déchets solides produits par habitant pour 192 pays côtiers, la proportion de déchets plastiques, la part de déchets mal gérés – et donc à même d’atteindre les océans (en particulier dans les zones côtières), la densité de population des zones côtières et le niveau de développement économique des pays étudiés. Leur analyse a révélé que, à partir des 275 millions de tonnes de déchets plastiques produites en 2010 par l’ensemble des 192 pays côtiers étudiés, environ 99 millions de tonnes venaient de zones côtières, et environ un tiers de cela était mal géré, résultant en un total de 5 à 13 millions de tonnes de plastique atteignant les océans (soit 2 à 5% de la quantité totale de déchets plastiques générée par ces pays).

Au-delà de ces chiffres d’ensemble, les chercheurs ont observé que les vingt pays produisant le plus de déchets plastiques mal gérés sur les 192 étudiés représentaient à eux seuls 80% de la quantité totale de déchets plastiques mal gérés. Parmi ces 20 pays, 16 sont des pays à revenus intermédiaires dont les économies connaissent probablement une croissance rapide mais dont les infrastructures de traitement des déchets sont insuffisantes, soulignant l’importance d’améliorer ces infrastructures en même temps que les pays se développent. Cependant, les chercheurs notent également que même les pays qui disposent d’infrastructures suffisantes pour la gestion des déchets peuvent être source de grandes quantités de déchets plastiques mal gérés, simplement à cause de la taille de leur population côtière et de la quantité élevée de déchets générée par habitant. Les États-Unis en sont un exemple typique, occupant la 20e place (sur 192) pour la quantité de déchets plastiques mal gérés produite. Les 23 pays côtiers de l’Union Européenne, s’ils étaient considérés collectivement, se retrouveraient à la 18e place. Le cas des États-Unis et de l’Europe souligne donc le fait que la présence d’infrastructures de gestion des déchets n’est pas suffisante et que la réduction globale de la production de déchets plastiques devrait être un objectif important.

(Jambeck et al. Science 13 February 2015. doi: 10.1126/science.1260352)

  • Frontières planétaires

Le concept de frontières planétaires, initialement proposé en 2009 par un groupe de scientifiques, a pour but de définir les limites environnementales au sein desquelles les sociétés humaines peuvent fonctionner sans risquer de déstabiliser dangereusement le système terrestre (c’est à dire les interactions entre la terre, les océans, l’atmosphère et la vie qui déterminent les conditions de vie sur Terre dont les sociétés humaines dépendent).

Pour cela, les chercheurs ont tout d’abord identifié neuf processus globaux essentiels à la stabilité et à la résilience du système terrestre et qui sont directement affectés par les activités humaines : le climat, la biosphère, l’ozone stratosphérique, l’acidification des océans, les flux biogéochimiques, l’utilisation des terres, l’utilisation de l’eau douce, la charge en aérosols dans l’atmosphère et l’introduction de nouvelles entités (par exemple, des polluants). Ils ont ensuite combiné les connaissances scientifiques disponibles sur tous ces processus avec un principe de précaution pour définir des frontières planétaires, à savoir les niveaux de perturbations causées par les activités humaines en-dessous desquels le risque de déstabiliser le système terrestre reste faible. Franchir une de ces frontières risquerait fortement de faire basculer le système terrestre dans un état beaucoup moins favorable à la vie humaine telle que nous la connaissons (c’est à dire, les sociétés humaines contemporaines qui se sont développées grâce aux conditions favorables et relativement stables de l’époque Holocène qui a débuté à la fin de la dernière période glacière, il y a environ 11 700 ans).

Les scientifiques ont maintenant mis à jour les frontières planétaires qui avaient été définies en 2009 pour prendre en compte les avancées scientifiques de ces cinq dernières années. Ils ont également amélioré le concept en développant des frontières à un niveau plus régional, afin qu’il puisse être utilisé pour aider à définir des politiques de durabilité à la fois au niveau global et régional. Mais surtout, la mise à jour révèle que quatre des neufs frontières planétaires ont déjà été franchies du fait des activités humaines : changement climatique, perte de l’intégrité de la biosphère (perte de biodiversité et extinction d’espèces), changement de l’utilisation des terres (par exemple, déforestation) et modification des cycles biogéochimiques (cycles de l’azote et du phosphore).

(Steffen et al. Science 13 February 2015. doi: 10.1126/science.1259855)

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2 réflexions sur “En bref (mars 2015, partie II): pollution plastique et limites planétaires

  1. Cossino avril 1, 2015 / 4:42

    Merci pour ces articles ( et les autres )

    • Aurelie avril 1, 2015 / 6:13

      De rien! 🙂

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