En bref (septembre 2015): salive et radiothérapie, froid et sensibilité à l’insuline, et un virus géant

Production de salive et radiothérapie, ou comment le fait d’avoir trouvé où résident les cellules souches nécessaires à la régénération des glandes salivaires pourrait permettre d’éviter des dommages irréversibles et maintenir une production de salive suffisante après radiothérapie dans les cancers de l’oropharynx
Exposition au froid et sensibilité à l’insuline, ou comment un protocole impliquant de passer plusieurs heures dans une pièce froide pendant quelques jours pourrait améliorer la sensibilité à l’insuline chez des patients atteints de diabète de type 2
Un autre gros, gros, gros virus, ou comment un nouveau virus géant a récemment été découvert dans un échantillon de permafrost sibérien vieux d’environ 30 000 ans

  • Production de salive et radiothérapie

Lors d’une radiothérapie, l’irradiation de tissu sain se trouvant près de la tumeur est inévitable. Dans le cas des cancers de l’oropharynx, un traitement par radiothérapie est généralement associé à des taux de survie assez hauts mais peut sérieusement compromettre la qualité de vie des patients survivants en endommageant de manière irréversible les glandes salivaires. La destruction du tissu formant les glandes salivaires conduit en effet à une réduction drastique de la production de salive, ce qui entraîne une susceptibilité plus grande aux infections bucco-dentaires, un sens du goût amoindri et des difficultés à avaler, mastiquer et parler.

Une équipe de recherche aux Pays-Bas a maintenant découvert le lieu de résidence des cellules souches et cellules progénitrices au sein des glandes parotides, les glandes salivaires les plus larges. Les chercheurs montrent qu’irradier cette région chez des rats empêche le tissu salivaire de se régénérer et mène à un dysfonctionnement de la glande et une hyposalivation durables. De manière similaire, l’état de fonctionnement, bon ou mauvais, des glandes salivaires un an après radiothérapie chez des patients traités pour un cancer de l’oropharynx correspond à la quantité de rayonnement reçue par ces structures lors du traitement.

D’après l’équipe de recherche, maintenant que la région contenant les cellules nécessaires à la régénération des glandes salivaires est identifiée, il devrait être possible de l’épargner et ainsi de réduire le risque de xérostomie (syndrome de la bouche sèche) après une radiothérapie. Les nouvelles techniques de traitement par radiothérapie, qui permettent un ciblage très précis du rayonnement, devrait rendre cela possible.

(van Luijk et al. Science Translational Medicine 16 septembre 2015. doi: 10.1126/scitranslmed.aac4441)

  • Exposition au froid et sensibilité à l’insuline

Chez les personnes souffrant d’un diabète de type 2, la sensibilité à l’insuline est considérablement diminuée: les cellules de l’organisme ne réagissent que très peu ou plus à l’insuline. En conséquence, le métabolisme du glucose est perturbé et le taux de glucose dans le sang augmente de manière anormale. Un type particulier de tissu adipeux, la “graisse brune”, a connu un regain d’attention ces dernières années (notamment de la part des médias grand public) car des études ont montré qu’il utilisait (oxydait) de manière plus efficace que les graisses blanches les triglycérides et le glucose pour produire de l’énergie, énergie qu’il dissipait ensuite sous forme de chaleur. (Les graisses blanches sont typiquement la graisse sous-cutanée et viscérale, le “mauvais gras”.) Récemment, l’existence d’un lien entre exposition au froid (acclimatation au froid) et augmentation de la quantité de graisses brunes et de leur activité a été suggéré.

Dans une petite étude clinique, des chercheurs ont donc voulu savoir si une acclimatation au froid pouvait activer les graisses brunes et améliorer le métabolisme du glucose chez huit patients atteints de diabète de type 2. Ces derniers, habillés en short et T-shirt, ont commencé par passer 2h dans une pièce à 14-15°C le premier jour de l’étude, puis 4h le jour suivant, et enfin 6h par jour du troisième au dixième et dernier jour. À la fin de cette période d’acclimatation, les chercheurs ont mesuré l’activité des graisses brunes chez chaque individu et l’ont comparé à ce qu’elle était avant le début de l’acclimatation au froid. Ils ont alors observé que cette activité était maintenant plus élevée, mais qu’elle était néanmoins toujours beaucoup plus basse que celle mesurée habituellement chez des sujets jeunes et en bonne santé. Les chercheurs n’ont également relevé aucun signe indiquant un quelconque début de transformation des graisses blanches en graisses brunes. Malgré tout, ils ont observé que la sensibilité à l’insuline des huit patients était significativement plus élevée à l’issue des 10 jours d’acclimatation au froid qu’avant.

Bien que les mécanismes moléculaires par lesquels une exposition au froid a mené à une augmentation de la sensibilité à l’insuline restent encore inconnus, les chercheurs suggèrent que l’acclimatation au froid pourrait être une stratégie intéressante pour améliorer le métabolisme du glucose chez les personnes souffrant de diabète de type 2.

(Hanssen et al. Nature Medicine 6 juillet 2015. doi: 10.1038/nm.3891)

  • Un autre gros, gros, gros virus

Il y a deux ans, je mentionnais dans un billet “En bref” la découverte de deux virus géants, baptisés Pandoravirus par l’équipe de chercheurs français qui les avaient identifiés (plus de détails ici, en anglais). Les virus ont été considérés pendant longtemps comme de petites particules contenant seulement quelques gènes, mais la découverte d’un dénommé Mimivirus en 2003, puis de Megavirus chilensis en 2011 et des Pandoravirus en 2013 est venue repousser les limites du domaine occupé jusque-là par les virus au sein de la diversité microbienne terrestre. Il y a environ un an, la même équipe de recherche rapportait avoir encore identifié un nouveau virus géant, Pithovirus sibericum. Cette équipe est maintenant de retour avec la découverte d’un cinquième type de virus géant: Mollivirus sibericum.

Tous ces virus géants ont en commun d’infecter les amibes (organismes unicellulaires eucaryotes que l’on trouve communément dans le sol), de rivaliser avec les bactéries en termes de taille et de quantité d’ADN qu’ils renferment, et de contenir un grand nombre de séquences ADN qui ne ressemblent à rien de connu jusqu’ici. Cependant, ils diffèrent aussi les uns des autres par leur structure (icosaèdre, sphérique, en forme d’amphore), par la taille de leur génome et la composition de celui-ci (en effet, la plupart de ces séquences ADN non seulement ne ressemblent à rien de connu mais sont également différentes d’un type de virus géant à l’autre), et par leur cycle de réplication. Les deux Pandoravirus de 2013 avaient été découverts dans un sédiment marin collecté près de la côte du Chili et dans la boue d’un étang d’eau douce en Australie. Les deux virus géants décrits plus récemment, Pithovirus et Mollivirus, ont eux été trouvés dans une couche de permafrost vieille d’environ 30 000 ans en Sibérie.

(Legendre et al. PNAS 22 septembre 2015. doi: 10.1073/pnas.1510795112)

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