Peut-on encore vivre sa grossesse en toute quiétude ?

fetusNe fais pas ça. Ne mange pas ça. Mange ceci. Évite de faire cela.
Non, personne n’est en train de dire à un enfant quoi faire. Seulement en train de dire à une femme enceinte ce qu’elle devrait faire.

Avoir un mode de vie sain est important pendant une grossesse, personne ne dira le contraire, mais il semble parfois que l’on accorde trop d’importance à l’influence qu’une femme enceinte peut avoir sur la santé de son futur enfant. Dans un commentaire publié dans Nature cette semaine, Sarah Richardson, chercheur à l’université de Harvard, et ses collègues s’inquiètent des possibles conséquences négatives pour les femmes de trop de “discussions irréfléchies” sur les résultats de recherches en épigénétique qui s’intéressent à l’effet des expositions en début de vie sur la santé des générations suivantes. Lire la suite

Mélanome, rayons UV et TP53

CIMG1255C’est l’été et l’occasion de bronzer un peu. On s’étale à la plage ou dans un parc, on expose le plus de peau possible au soleil – et donc aux rayons ultraviolets (UV). Au cours des dernières décennies, les campagnes de santé publique ont plutôt bien réussi à informer les gens que trop de soleil, de rayons UV et de coups de soleil était dangereux, augmentant le risque de cancer de la peau. Nous savons maintenant qu’il faut limiter l’exposition, utiliser de la crème solaire et/ou porter des vêtements couvrants.

Le mélanome est le type de cancer de la peau le plus grave. Il se développe dans les mélanocytes, ces cellules de la peau qui produisent de la mélanine et colorent la peau. Bien que des données épidémiologiques suggèrent un lien entre mélanome et rayonnement UV, les mécanismes moléculaires impliqués dans un tel lien restent inconnus. Dans une étude publiée dans Nature en juillet, des chercheurs se sont penchés sur les effets du rayonnement UV sur le développement du mélanome dans un modèle chez la souris et ont identifié le gène suppresseur de tumeur TP53 comme une cible de mutations induites par les rayons UV et contribuant au développement du mélanome. Lire la suite

En bref (Juin 2014) – Aspirine et grippe, évolution du self-control, célécoxib et cancer

Trois sélections parmi mes lectures des derniers mois:
aspirine, prostaglandine E2 et grippe, ou comment bloquer la production de prostaglandine E2 pourrait aider à combattre le virus de la grippe
évolution du contrôle de soi, ou comment la taille absolue, mais pas relative, du cerveau est corrélée à la cognition sur un échantillon de diverses espèces
repositionnement de médicament, ou comment le célécoxib, un agent anti-inflammatoire non stéroïdien utilisé dans le traitement de l’arthrite, contribue à bloquer la formation de vaisseaux sanguins et diminue le développement de métastases dans un modèle animal de cancer. Lire la suite

Vacquinol-1, une nouvelle molécule pour le traitement du glioblastome ?

Il y a environ deux mois je suis tombée sur une étude qui décrivait la découverte d’une nouvelle molécule potentiellement intéressante pour traiter le glioblastome multiforme, un type de cancer du cerveau pour lequel les taux de survie sont très faibles.

Cette molécule s’appelle Vacquinol-1 et tue les cellules de glioblastome via un nouveau mécanisme que les chercheurs décrivent comme une “vacuolisation catastrophique”. L’étude a été publiée dans le journal Cell en avril.

J’ai été assez impressionnée par l’étendue de l’étude et la quantité de travail qu’elle représente. J’ai aussi trouvé le récit de l’identification de la molécule et de sa caractérisation intéressant. L’étude est partie d’une idée relativement nouvelle : Lire la suite

Réglementation pour les transplantations fécales – Update

Clostridium difficile isolé dans des selles. By: CDC/ Lois S. Wiggs. Photo Credit: Janice Carr [Public domain], via Wikimedia CommonsEn février dernier, j’avais écrit un billet qui parlait de l’importance d’établir un cadre réglementaire adéquat pour les transplantations fécales. À ce moment-là, je n’avais pas pu trouver d’information sur le statut des transplantations fécales en France, même si elles étaient déjà pratiquées dans certains hôpitaux, dans des cas particuliers (infection par Clostridium difficile).

L’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a depuis publié un rapport sur le sujet (en mars 2014, je suis un peu en retard pour la mise à jour). Lire la suite

Valeur prédictive d’un test de dépistage – Ou comment un test avec une précision de 90% peut générer un résultat positif qui a 68% de chances d’être faux

Dans mon billet précédent, je parlais d’une étude récemment parue dans Nature Medicine qui rapportait l’identification d’un panel de lipides dont la concentration sanguine pouvait prédire si un individu allait développer des troubles de la mémoire (ou un début de maladie d’Alzheimer) dans les deux ou trois ans.

Mon but en écrivant ce billet était de décrire comment les individus inclus dans l’analyse qui a servi à identifier le panel de lipides avaient été sélectionnés, et d’ainsi mettre en valeur deux points importants:
1) les résultats de l’étude s’appliquent à un groupe d’individus répondant à un certain nombre de critères et ne sont donc pas directement généralisables à l’ensemble de la population,
2) les lipides à la base du test de dépistage ont été identifiés à partir de l’existence de différences dans leurs concentrations sanguines entre des groupes d’individus dont les effectifs étaient relativement faibles, et il est donc important de vérifier que ces différences sont également observables avec de plus grands groupes d’individus avant d’affirmer que ces lipides sont des biomarqueurs valides.

J’ai ensuite remarqué que la plupart des articles de presse rapportant les résultats de cette étude non seulement donnaient l’impression que les chercheurs avaient mis au point un test sanguin pour prédire la maladie d’Alzheimer et que ce test était opérationnel ou allait bientôt l’être, mais aussi mentionnaient souvent que ce test pouvait prédire la maladie d’Alzheimer “avec une précision de 90%”.

Je peux voir deux problèmes au fait de donner une information telle que “précision de 90%” sans fournir plus de détails ou d’explications.

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Un test sanguin pour dépister la maladie d’Alzheimer? Pas tout à fait.

Image courtesy of the National Institute on Aging/National Institutes of Health

Une équipe de recherche américaine a récemment rapporté dans Nature Medicine avoir identifié un panel de dix molécules dont les concentrations dans le sang pouvaient prédire si un participant de leur étude allait ou non développer des signes de la maladie d’Alzheimer dans les deux ou trois ans.

Cela signifie-t-il qu’il sera bientôt possible de prédire le développement de la maladie d’Alzheimer à partir d’un simple test sanguin, pour n’importe qui, comme certains articles dans la presse générale peuvent le laisser entendre? Pas vraiment. Pour comprendre pourquoi, il faut regarder d’un peu plus près l’étude réalisée par les chercheurs, et essayer de comprendre ses résultats et ses limitations.

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Quelle réglementation pour les transplantations fécales?

Il y a environ un an, j’ai publié un billet qui parlait du premier essai clinique contrôlé randomisé s’intéressant à l’utilisation de transplantations fécales pour traiter des patients atteints d’infections récurrentes par Clostridium difficile. Les résultats de l’étude avaient montré un taux de succès de 94% pour les transplantations fécales, contre 27% pour le traitement conventionnel avec antibiotiques.

Les bénéfices potentiels d’une manipulation de la population de microbes vivant dans l’intestin (microbiote) suscitent un intérêt croissant depuis quelques années, au fur et à mesure que la recherche révèle comment les bactéries intestinales peuvent affecter la physiologie de leur hôte (par exemple, en participant à “l’éducation” du système immunitaire). Lire la suite

Antioxydants et cancer – Le cas de la vitamine C (3)

La vitamine C: un antioxydant à l’effet pro-oxydant bénéfique?

Maintenant que je suis lancée sur le sujet des antioxydants et du cancer, je continue avec le cas particulier de la vitamine C. L’écriture de ce billet a été motivée par une étude parue la semaine dernière, aussi dans Science Translational Medicine, et qui montrait que de hautes concentrations de vitamine C (concentrations pouvant seulement être atteintes chez l’homme en administrant la vitamine C par voie intraveineuse) augmentaient l’efficacité des chimiothérapies conventionnelles dans un modèle murin du cancer de l’ovaire (1). Étant donné que la vitamine C est généralement considérée comme un antioxydant, il est intéressant de noter que dans le cas étudié ici elle s’avère toxique pour les cellules cancéreuses en agissant localement comme une espèce pro-oxydante. Lire la suite

Antioxydants et cancer – Des hommes et des souris (2)

* Ce billet accompagne le précédent, dans lequel je parlais d’antioxydants et de cancer de manière plus générale. Il avait pour but de donner une idée du contexte dans lequel se place l’étude scientifique décrite plus en détail ici.

Une étude scientifique publiée récemment dans Science Translational Medicine montre que des suppléments alimentaires antioxydants accélèrent la progression du cancer du poumon chez la souris (1). Les chercheurs proposent également un mécanisme moléculaire pouvant potentiellement expliquer comment les antioxydants peuvent avoir un effet néfaste dans le cas particulier du cancer du poumon. Lire la suite