Journée mondiale de la santé mentale

Le 10 octobre est le “World Mental Health Day” (Journée mondiale de la santé mentale). Cette année, 2014, le thème était “Vivre avec une schizophrénie”. Cette initiative n’est peut-être pas aussi populaire que le mois de sensibilisation au cancer du sein. Ou que la journée mondiale du diabète. Et pourtant.

Le cerveau est un organe comme un autre dans notre corps, pourtant nous ne réagissons pas de la même manière face aux maladies mentales que face aux maladies du coeur, du pancréas, etc. Autrefois, les personnes dont le cerveau ne fonctionnait pas “normalement”, i.e. pas comme celui de la majorité des êtres humains, étaient considérées comme “folles” ou “arriérées mentales” et étaient plus ou moins rejetées de la société. Heureusement, les choses ont changé. Mais pas assez. Les préjugés et la stigmatisation sociale sont encore forts. Lire la suite

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S’occuper d’un enfant modifie l’activité cérébrale des pères

Parmi les articles scientifiques sélectionnés par les éditeurs de Science cette semaine, une étude publiée dans PNAS et intitulée “Father’s brain is sensitive to childcare experiences” a retenu mon attention (traduction approximative : le cerveau d’un père est sensible à l’expérience de s’occuper d’un enfant). L’imagerie cérébrale n’étant pas mon domaine d’expertise, dans des cas comme celui-ci je me contente souvent de lire le résumé de l’article (qui mentionne ce qui a été fait dans l’étude et les résultats obtenus), puis je passe à autre chose. Cette fois-ci, j’ai aussi jeté un oeil aux mesures indiquant le nombre de fois où cette étude avait été mentionnée dans les media, blogs et réseaux sociaux.

Je m’attendais à ce qu’un tel sujet reçoive une assez grande couverture par les médias, mais apparemment, cela n’a pas été le cas (du moins pas encore). Par contre, un des tweets qui mentionnaient l’étude a retenu mon attention, assez pour me faire écrire ce billet. Ce tweet disait que s’occuper d’un enfant pouvait modifier le câblage du cerveau des pères de la même manière qu’une grossesse modifiait celui du cerveau de la mère. Lire la suite

Valeur prédictive d’un test de dépistage – Ou comment un test avec une précision de 90% peut générer un résultat positif qui a 68% de chances d’être faux

Dans mon billet précédent, je parlais d’une étude récemment parue dans Nature Medicine qui rapportait l’identification d’un panel de lipides dont la concentration sanguine pouvait prédire si un individu allait développer des troubles de la mémoire (ou un début de maladie d’Alzheimer) dans les deux ou trois ans.

Mon but en écrivant ce billet était de décrire comment les individus inclus dans l’analyse qui a servi à identifier le panel de lipides avaient été sélectionnés, et d’ainsi mettre en valeur deux points importants:
1) les résultats de l’étude s’appliquent à un groupe d’individus répondant à un certain nombre de critères et ne sont donc pas directement généralisables à l’ensemble de la population,
2) les lipides à la base du test de dépistage ont été identifiés à partir de l’existence de différences dans leurs concentrations sanguines entre des groupes d’individus dont les effectifs étaient relativement faibles, et il est donc important de vérifier que ces différences sont également observables avec de plus grands groupes d’individus avant d’affirmer que ces lipides sont des biomarqueurs valides.

J’ai ensuite remarqué que la plupart des articles de presse rapportant les résultats de cette étude non seulement donnaient l’impression que les chercheurs avaient mis au point un test sanguin pour prédire la maladie d’Alzheimer et que ce test était opérationnel ou allait bientôt l’être, mais aussi mentionnaient souvent que ce test pouvait prédire la maladie d’Alzheimer “avec une précision de 90%”.

Je peux voir deux problèmes au fait de donner une information telle que “précision de 90%” sans fournir plus de détails ou d’explications.

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Un test sanguin pour dépister la maladie d’Alzheimer? Pas tout à fait.

Image courtesy of the National Institute on Aging/National Institutes of Health

Une équipe de recherche américaine a récemment rapporté dans Nature Medicine avoir identifié un panel de dix molécules dont les concentrations dans le sang pouvaient prédire si un participant de leur étude allait ou non développer des signes de la maladie d’Alzheimer dans les deux ou trois ans.

Cela signifie-t-il qu’il sera bientôt possible de prédire le développement de la maladie d’Alzheimer à partir d’un simple test sanguin, pour n’importe qui, comme certains articles dans la presse générale peuvent le laisser entendre? Pas vraiment. Pour comprendre pourquoi, il faut regarder d’un peu plus près l’étude réalisée par les chercheurs, et essayer de comprendre ses résultats et ses limitations.

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Syndrome de mort subite du nourrisson et anomalies cérébrales

De nombreux aspects de notre quotidien sont plus ou moins influencés par les modes, et comment être parent n’y fait pas exception. Du mode d’éducation plutôt “aride” de nos grands-parents (Bébé nourri et changé? Alors laissez-le pleurer jusqu’à ce qu’il s’endorme) à certains extrêmes du “maternage” * d’aujourd’hui, les méthodes d’éducation ont varié au gré des recommandations du corps médical, des traditions, des innovations et des tendances sociales. Dans certains cas, différentes écoles de pensée coexistent: par exemple, utiliser une tétine ou pas, poser le bébé dans un transat près du parent ou le placer dans une écharpe de portage sur le parent, etc. Dans d’autres, le changement représente une amélioration pour la santé et la sécurité des bébés et devrait être embrassé pleinement et rapidement. La position dans laquelle un nourrisson dort fait partie de cette catégorie. Lire la suite

En bref (avril 2013) – Microbiome, sexe et diabète; nanoparticules furtives et traitement anti-cancer; (presque) lire les rêves

Trois articles choisis parmi mes lectures des deux derniers mois:
microbiome, sexe et diabète, ou comment le microbiote intestinal influence le risque de maladie chez les femelles par rapport aux mâles dans un modèle murin de diabète de type 1,
nanoparticules furtives et transport de médicament, ou comment une courte chaîne d’acides aminés peut aider des nanoparticules transportant des molécules thérapeutiques à passer les défenses du système immunitaire,
(presque) lire les rêves, ou comment des chercheurs peuvent dire de manière approximative quel genre d’images passent dans votre esprit dans la première phase de sommeil. Lire la suite

Cerveau : nouveau-né versus adulte, ce que montre l’IRM fonctionnelle

Que se passe-t-il dans la tête d’un bébé?

Si vous vous demandez si votre bébé est en train de réfléchir à l’immensité de l’univers ou s’il est simplement en train d’en vouloir à votre ami(e) pour avoir fait un commentaire désobligeant sur ses cheveux, il n’est probablement pas possible de vous fournir une réponse formelle (je m’aventurerais quand même à dire qu’il ne fait très probablement ni l’un ni l’autre). Par contre, si vous vous demandez si le cerveau d’un bébé fonctionne comme celui d’un adulte, au niveau le plus élémentaire, alors il est possible de commencer à répondre à la question. Lire la suite

Ocytocine et comportements humains – ou comment une hormone peut influencer (ou pas) la distance entre un homme et une femme lors d’une première rencontre.

Il y a quelques semaines je suis tombée sur un article de news dans un magazine de vulgarisation scientifique qui parlait de l’hormone ocytocine (ou oxytocine) et de son effet sur le comportement envers des femmes inconnues d’hommes déjà en couple avec une autre femme. Après une rapide recherche sur internet, j’ai vu que plusieurs journaux et online media avaient déjà repris cette histoire. Rien d’étonnant à cela, les questions de fidélité et de durée du couple font des news scientifiques plutôt attrayantes pour le grand public. Les titres d’article allaient du raisonnable (simple rapport de la conclusion de l’étude en question, à savoir l’ocytocine influence la distance que les hommes en couple maintiennent entre eux et une femme inconnue) à l’extrapolation – certes bien plus sexy en terme de news (l’ocytocine pourrait empêcher les hommes de tromper leur partenaire).

Curieuse, je suis allée lire par moi-même l’étude scientifique à l’origine de ces news, publiée le 14 novembre dans le Journal of Neuroscience. Lire la suite