Découvertes de l’année 2015, le palmarès de Science

Le journal Science a cette année choisi la technologie CRISPR/Cas comme l’avancée scientifique la plus importante de l’année 2015. Non pas que le système CRISPR/Cas soit nouveau – il a été décrit en 2012 et figurait déjà au palmarès de Science en 2014, mais son utilisation dans les laboratoires du monde entier a augmenté de manière exponentielle, et ses succès et futures applications l’ont fait connaître bien au-delà des murs des laboratoires de biologie moléculaire.

En un mot, le système CRISPR/Cas est un outil de modification du génome: il permet de supprimer, insérer, ou encore modifier des morceaux d’ADN n’importe où dans le génome d’un grand nombre d’espèces et de types de cellules. Il existe d’autres technologies permettant d’altérer le génome, par exemple les TALENs, mais ce qui rend le système CRISPR/Cas particulièrement puissant comparé à ces autres techniques est sa simplicité et son faible coût. Lire la suite

Prix Nobel de Physiologie ou Médecine 2015

Cette année, le prix Nobel récompense trois chercheurs pour leur découverte de nouvelles thérapies contre des infections causées par des parasites.

Une moitié du prix est attribuée à Youyou Tu pour la découverte de l’artémisinine, utilisée pour traiter le paludisme. L’autre moitié est partagée par William C. Campbell et Satoshi Ōmura pour la découverte de l’avermectine, une molécule dont les dérivés sont efficaces dans le traitement des filarioses, notamment la cécité des rivières et la filariose lymphatique.

Plus de détails dans le communiqué de presse (en anglais).

Vidéo de l’annonce du Prix Nobel (en français à environ 2′):

En bref (septembre 2015): salive et radiothérapie, froid et sensibilité à l’insuline, et un virus géant

Production de salive et radiothérapie, ou comment le fait d’avoir trouvé où résident les cellules souches nécessaires à la régénération des glandes salivaires pourrait permettre d’éviter des dommages irréversibles et maintenir une production de salive suffisante après radiothérapie dans les cancers de l’oropharynx
Exposition au froid et sensibilité à l’insuline, ou comment un protocole impliquant de passer plusieurs heures dans une pièce froide pendant quelques jours pourrait améliorer la sensibilité à l’insuline chez des patients atteints de diabète de type 2
Un autre gros, gros, gros virus, ou comment un nouveau virus géant a récemment été découvert dans un échantillon de permafrost sibérien vieux d’environ 30 000 ans Lire la suite

Un MOOC sur la vaccinologie

L’Institut Pasteur et le CNAM proposent un cours en ligne gratuit sur la vaccinologie (étude des vaccins et de la vaccination). Le cours vient tout juste de commencer, donc il est encore temps d’y jeter un oeil!

Le cours dure 6 semaines et devrait demander environ 2h30 de suivi par semaine. Les vidéos sont en anglais, avec des sous-titres français.

« L’objectif de ce cours est d’offrir une vision intégrée de la vaccinologie, allant de la santé publique et des données scientifiques qui justifient le développement d’un vaccin, jusqu’à sa distribution aux populations dans le contexte des pays industrialisés et en développement. »

Remarque: Le cours est destiné à des personnes ayant un minimum de formation scientifique ou médicale, donc certaines parties seront sûrement un peu difficiles à suivre pour le grand public. Cela étant, le cours devrait néanmoins contenir quelques vidéos plus générales accessibles à tous, où chacun pourra découvrir au moins un petit quelque chose!

Quand les poissons-zèbres ont une scoliose

“ Tiens-toi droite, ne t’affale pas comme ça, ou tu va avoir une scoliose! ”

Ce genre de remarque m’énervait passablement lorsque j’étais adolescente, d’une part parce que je me tenais droite, et d’autre part parce que j’avais déjà une scoliose (malgré tout ce bon maintien). Pour moi, c’était du même niveau que, par exemple, dire à un enfant de ne pas faire de grimace car, si le vent tourne au même moment, son visage restera figé dans cette position. (Je ne suis pas la seule à avoir entendu ça, non?)

Une scoliose est une déformation de la colonne vertébrale. Plus précisément, c’est défini comme une courbure latérale de la colonne de plus de 10° (mesurée avec la méthode de Cobb), accompagnée d’une rotation des vertèbres. En d’autres termes: la colonne vertébrale n’est pas droite – dans mon cas, on dirait plutôt un S étiré verticalement.

Souvent, il n’y a pas de cause connue au développement d’une scoliose. Lire la suite

Ce que Bébé voit

2 weeksÀ quoi ressemble le monde pour un nouveau-né? Et pour un bébé de 6 mois?

Un ophtalmologiste du Boston Children’s Hospital et un groupe de scientifiques et ingénieurs de la compagnie REBIScan viennent de développer une app appelée BabySee qui permet de voir le monde au travers des yeux d’un bébé âgé de quelques jours à un an. Il suffit de choisir l’âge de l’enfant, diriger la caméra de son iPhone/iPad vers quelque chose, et voilà! Une fois la photo prise, on peut également utiliser un bouton pour faire évoluer l’image en fonction de l’âge du bébé et la voir s’enrichir en couleur, résolution et contraste à mesure que bébé vieillit. Lire la suite

Et si la rougeole diminuait la mémoire immunitaire?

La rougeole n’est pas une maladie infantile bénigne. Le virus qui la cause est extrêmement contagieux et l’infection peut entraîner des complications graves, telles qu’une pneumonie, une encéphalite, des lésions cérébrales, ou la mort (points d’actualités INVS 1er juin 2015). Une étude récemment publiée dans Science suggère maintenant que la rougeole peut aussi laisser un enfant plus vulnérable à d’autres pathogènes jusqu’à deux à trois ans après la maladie.

On sait que la vaccination de masse contre la rougeole est associée à une réduction générale de la mortalité infantile. Dans chacun des pays où elle a été introduite, une baisse du nombre de décès infantiles dus à la rougeole, mais aussi de ceux dus à d’autres maladies infectieuses, a été observée.

Comment cela se fait-il? Comment un vaccin conçu pour protéger contre la rougeole peut-il aussi protéger contre d’autres maladies infectieuses? Lire la suite

Pourquoi votre chien vous regarde (ce n’est pas que pour demander à manger)

French bulldogNoël dernier, vautrée dans le canapé chez mes parents, je caresse nonchalamment la chienne de ma soeur, un joli petit bouledogue français qui présentement me fait office de boule anti-stress (en mieux, elle est chaude). Soudain, la voilà qui incline sa tête vers moi, et nous commençons à nous fixer mutuellement. L’échange de regard se prolonge, et je m’interroge: À quoi peut bien penser la chienne? Est-elle même en train de penser d’ailleurs? Pourquoi garde-t-elle ses gros yeux (certes si attachants) fixés sur les miens?

Les interactions entre chiens et êtres humains sont plutôt particulières, arborant un degré de lien social et d’engagement émotionnel inhabituel pour des membres de deux espèces différentes. Comparés avec les loups, l’espèce la plus proche des chiens, et avec les grands singes, nos plus proches parents, les chiens sont beaucoup plus doués pour reconnaître et utiliser des signaux sociaux (comme des gestes ou la direction du regard) pour interagir de manière coopérative avec les êtres humains, et ce dès leur plus jeune âge.

Mais il n’y a pas que cela. Pourquoi ressentons-nous un véritable attachement pour les chiens? Quels sont les mécanismes biologiques à l’oeuvre derrière l’amitié et l’affection que nous pouvons développer envers eux? Lire la suite

En bref (mars 2015, partie II): pollution plastique et limites planétaires

Deux autres sélections parmi mes lectures des derniers mois:
pollution marine au plastique, ou comment estimer la quantité de déchets plastiques atteignant les océans,
frontières planétaires, ou comment définir les limites environnementales au sein desquelles les sociétés humaines peuvent se développer en toute sécurité. Lire la suite

En bref (mars 2015, partie I) : variabilité immunitaire et vaccin HPV

Une sélection parmi mes lectures des derniers mois:
adaptabilité du système immunitaire, ou comment notre système immunitaire est plus largement façonné par notre environnement et les microbes que l’on rencontre que par nos gènes,
profil de sécurité du vaccin HPV, ou comment une étude conduite en Suède et au Danemark n’a pas trouvé d’augmentation du risque de développer une sclérose en plaques ou autre maladie démyélinisante après avoir reçu le vaccin quadrivalent contre les papillomavirus humains. Lire la suite